La Reine de Beauté de Leenane
À Leenane, petit village paumé de l'Irlande d'aujourd'hui, une mère et sa fille vivent en huis clos et s'empoisonnent la vie au fil des jours et de la pluie incessante. Mag, vieille chipie acariâtre et tyrannique, retient auprès d'elle sa fille Maureen, quarante ans, célibataire encore vierge rêvant de liberté et d'amour. Toutes deux se jouent une guerre sans merci jusqu'au jour où Pat Dooley arrive, offrant à Maureen une dernière chance de vivre sa vie. Mag va alors tout tenter pour empêcher sa fille de partir.
3.5DÉROUTANT

Là-bas dans le Connemara..! Ce n’est pourtant pas sur du Sardou mais sur du rock (enfin je pense, pour ce que je m’y connais !) que vous êtes accueilli au Lucernaire pour assister à un règlement familial entre une mère qui ne veut pas laisser partir sa fille et une fille qui met l’échec de sa vie sur le dos de sa mère. Dans cette tragi-comédie sur fond de misère sociale irlandaise écrite par Martin McDonald’s il y a 20 ans les apparences sont trompeuses et la violence omniprésente. Tour à tour dérangeante et surprenante, LA REINE DE BEAUTÉ DE LEENANE ne vous laissera pas indifférent…

UNE ATMOSPHÈRE DÉTESTABLE

A 40 ans Maureen (Sophie PAREL) vit encore avec Mag, son acariâtre de mère (Catherine SALVIAT). La vie ne lui ayant pas fait de cadeau elle rêve d’amour et d’eau fraîche et d’un ailleurs loin de sa mère. Toutes deux entretiennent une relation dysfonctionnelle ancrée dans un quotidien de violence verbale, psychologique et physique. De fait le spectateur se retrouve témoin (ou voyeur !) d’un drame qui déroule sous ses yeux. La pièce étant suffisamment cynique, elle en devient assez addictive. Car l’histoire déroute, interroge et surprend. On a du mal à démêler le vrai du faux, à prendre parti pour un personnage plutôt que pour un autre. L’arrivée de Pat Dooley (Grégori BACQUET), source d’espoir pour Maureen et de solitude pour Mag, va mettre le feu aux poudres et lancer mère-fille sur une trajectoire de laquelle elles ne reviendront pas indemnes…

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La lourdeur du propos est compensé par quelques notes d’humour (noir, forcément). Si je suis resté assez hermétique à ces tentatives, n’en demeure pas moins que beaucoup y ont trouvé écho. Peut-être une manière pour ces certains d’exhorter le côté sombre de la pièce par le rire. Pour autant on ne peut pas considérer la pièce comme une comédie. A mon sens elle peine d’ailleurs à trouver un juste équilibre entre comédie (dramatique ou satirique selon l’interprétation de chacun), et volonté de retranscrire une certaine misère irlandaise (représentée notamment par le décor miteux, la pauvreté du langage des protagonistes ou leurs fantasmes  de jours meilleurs en dehors de leur île). Pour autant je m’attendais à  y voir encore plus d’Irlande, encore plus de références à cette époque où aucun espoir n’était permis…

UN QUATUOR A LA HAUTEUR

À mes yeux c’est Arnaud DUPONT dans le rôle de Ray, frère de Pat Dooley, qui tire son épingle du jeu. Son naturel et la candeur qu’il apporte au personnage m’ont beaucoup séduit. Dans le rôle de Pat, Gregori BACQUET maîtrise parfaitement son sujet et apporte une sensibilité qui convient parfaitement au personnage. Dommage qu’il soit sous-exploité puisqu’il n’est présent que dans deux scènes (dont un monologue), la pièce se concentrant principalement sur les égarements de la mère et de la fille. Pour incarner la marâtre Catherine SALVIAT fait presque un sans faute mais sa version reste finalement trop proche du cliché de la Tatie Danielle à mon goût (oui, malheureusement on est bien obligé de faire le rapprochement). J’aurais aimé y voir un peu plus de nuances et de finesse. Pour lui donner la réplique Sophie PAREL nous propose une interprétation pêchue mais assez déroutante. Si au début j’ai eu du mal avec son jeu nonchalant (à l’image de son personnage) j’ai été rapidement conquis par sa profondeur, notamment sur la scène finale. PAREL assure également une mise en scène sobre et sans artifice.

Amis de la poésie et de bons sentiments cette pièce ne fera probablement pas votre bonheur. Amateurs d’un théâtre alternatif cette pièce, qui a le mérite de sortir des sentiers battus, sera une belle découverte. La production n’ayant pas beaucoup de moyen pour en faire la promo c’est aux blogueurs de théâtre et aux spectateurs de se mobiliser. Charge à chacun d’entre vous d’apporter sa pierre à l’édifice.

EN SAVOIR PLUS
A l’affiche jusqu’au 16/10/16 au Théâtre Le Lucernaire.
De Martin McDonagh.
Avec Catherine Salviat, Grégori Baquet, Sophie Parel, Arnaud Dupont.
Mise en scène Sophie Parel.
Durée : 1h20.

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