Jacques Daniel
Quand un veuf inconsolable et un cocu sous tranquillisants se rencontrent dans un bar à whisky, cela ne fait pas couler que des larmes, surtout quand l'un se prénomme Jacques et l'autre Daniel. Sous le regard bienveillant d'une barmaid qui a plus d'heures de vol qu'un 747, et accompagnés par la musique d'un vieux juke-box malicieux, Jacques et Daniel vont rire, pleurer, gueuler, tituber et pourquoi pas se tuer...
3.0DUO GAGNANT

C’est un peu par hasard que je me suis retrouvé au Théâtre de la Madeleine pour cette pièce dont les premiers retours n’étaient pas spécialement positifs. Mais parce qu’il existe autant d’avis que de spectateurs et que j’avais fort apprécié la dernière pièce de Daniel RUSSO, MARIAGE ET CHÂTIMENT, je ne suis pas passé à côté de l’occasion. Le bonhomme est une bête de comédie et c’est donc avec plaisir que je le retrouve sur JACQUES DANIEL où il partage l’affiche avec l’indéboulonnable Claude BRASSEUR. Contre toute attente, et malgré des imperfections évidentes, ce n’est pas la catastrophe annoncée et on se surprend à apprécier la soirée de ce duo d’écorchés qui arrive à transcender un texte écrit par le roi de la finesse Laurent BAFFIE (TOC TOC).

UNE ODE À LA FRATERNITÉ DE BEUVERIE

Deux blessés de la vie qui ne se connaissent pas se rencontrent dans un bar étrangement vide et se racontent au fil des tournées de whisky leurs blessures respectives. Fous rire, engueulades, émotion, toute la palette de sentiments y passe, l’alcool aidant (on est dans un bar après tout). Mais dommage qu’il ne s’y passe pas grand chose et que les conversations ne soient pas spécialement palpitantes… À mon sens la pièce souffre d’une absence de rebondissement, d’une absence d’enjeu. Il manque quelque chose à cette histoire pour nous permettre d’apprécier les personnages. Du coup on a du mal à voir où l’auteur veut en venir et on ressent un peu (souvent) l’impression ça tourne en rond (d’autant la pièce est une seule et unique scène, se déroulant en temps réel). Impression accentuée par une mise en scène signée BAFFIE se limitant à des allers-venus des comédiens d’un siège à l’autre du bar avec une Nicole CALFAN qui passe une grande partie de la pièce à servir les deux clients. Je comprend que toute mise en scène nécessite de créer du mouvement mais cette mise en scène-ci semble si artificielle qu’elle en devient fatigante pour le spectateur. Heureusement, l’humour vient compenser ces petits défaut et fait que l’on ne s’ennuie pas.

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Côté humour justement, même si on a le droit à du BAFFIE dans le texte à plusieurs reprises  (“toutes les femmes sont des putes !”) cette pièce est à la fois légère et profonde, comme si l’auteur était plus à la recherche de l’émotion que du rire gras. Finalement, j’ai eu le sentiment d’une pièce plus personnelle, et je ne serai pas surpris que BAFFIE ait écrit la pièce spécifiquement pour ces deux comédiens…

DUO SUR CANAPÉ TABOURETS

Un duo de comédiens complémentaires qui semble prendre un plaisir évident à jouer ensemble et j’ai déjà eu l’occasion de dire sur ce blog que c’est très agréable pour le spectateur que je suis de ressentir cette alchimie. Je ne reviendrais pas sur tout le bien que je pense de RUSSO (à mes yeux l’un des meilleurs dans la comédie sur les planches) mais je tenais à souligner sa bienveillance envers Claude BRASSEUR (il l’a “secouru” subtilement à plusieurs reprises après des petits trous de mémoire). Un BRASSEUR juste, émouvant, certes diminué physiquement, mais qui démontre qu’il en a encore sous le pied. Et au milieu de ce duo de testostérone Nicole CALFAN en bar(wo)man n’a pas grand chose à faire si ce n’est de resservir en whisky ses comparses masculins. Heureusement que son rôle devient plus intéressant sur la fin de la pièce et justifie en une scène sa présence dans la pièce.

JACQUES DANIEL nous fait découvrir un autre visage de Laurent BAFFIE, plus à la recherche de l’émotion que du bon mot gras et lourd à laquelle il nous avait habitué. Si on ne s’ennuie pas, pour autant il ne se passe pas grand chose dans ce bar de quartier. Je retiendrai donc principalement la prestation complice des comédiens. Enfin saluons la boulimie de travail frénétique de RUSSO : à 19h, il joue dans JACQUES DANIEL au Théâtre de la Madeleine puis dans MARIAGE ET CHÂTIMENT à 21h au Théâtre Hébertot. J’aimerais connaître la recette de son énergie débordante… Je veux bien la même chose dans mon café !

EN SAVOIR PLUS
A l’affiche jusqu’au 05/11/16 au Théâtre de la Madeleine.
De Laurent Baffie.
Avec Claude Brasseur, Daniel Russo, Nicole Calfan.
Mise en scène Laurent Baffie.
Durée : 1h15.

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