Timéo
Timéo est un spectacle musical novateur et fédérateur, une circomédie pour toute la famille. Sur un ton résolument positif, tour à tour drôle, percutant et émouvant, ce grand spectacle conte l'histoire hors du commun de Timéo qui malgré son handicap n'a qu'un rêve : devenir acrobate ! Lorsqu'il apprend que le cirque Diabolo est en ville, Timéo prend son courage à deux mains et tente de s'inviter aux répétitions. Il découvre alors que la vie du cirque n'est pas aussi idyllique qu'il l'imaginait et au lieu de se décourager va prouver à tous qu'être différent c'est normal...
3.0POSITIF

Après un Showcase prometteur en mai dernier TIMÉO revient dans sa version intégrale jusqu’au 7 janvier au Casino de Paris. La circomédie musicale mise en scène par Alex GOUDE promet du show et du fond avec de nombreux artistes sur scène, porteurs d’un beau message de tolérance sur le handicap et l’acceptation de la différence. Un spectacle plein de promesses qui ravira sans aucun doute les plus jeunes mais qui m’a laissé un peu sur ma faim. Néanmoins il faut bien le reconnaître : la production de TIMÉO a mis le paquet. Décor, costumes, lumières, scénographie, tout est beau et on note une volonté farouche de faire les choses bien et en grand et de proposer un très beau spectacle aux spectateurs. La dessus je tire mon chapeau ! Oui mais voilà, le mieux est souvent l’ennemi du bien…

LE CASINO DE PARIS A UN INCROYABLE TALENT

Faire chanter en live de vrais artistes de cirque pendant leur numéro c’est une bonne idée. Si on salue la volonté d’apporter de la crédibilité aux numéros, le résultat final est assez mitigé : ce n’est pas toujours très bien chanté (Liloo ou les trapézistes) et de fait certains numéros ne sont pas non plus aboutis. J’imagine bien volontiers qu’il est très difficile d’allier deux compétences aussi techniques que sont la performance artistique et le chant mais pour une comédie musicale le spectateur est en droit d’attendre une interprétation parfaite et une bonne puissance vocale. Mais ce qui m’a gêné le plus c’est cette impression désagréable d’assister à La France A Un Incroyable Talent : les numéros se succèdent les uns après les autres, à peine apprécie-t-on un artiste qu’il disparaît pour laisser sa place au suivant. Vous avez aimé ? Et bien applaudissez vite, le suivant arrive ! Mais attention il n’aura aucun rapport avec le précédent et les artistes n’auront même pas l’occasion de se croiser. C’est dommage, d’autant que le spectacle prend une tout autre dimension vers la fin quand les personnages et les voix se mêlent…

UNE HISTOIRE COUSUE DE FIL BLANC

Être différent, c’est normal. Voilà le message répété tout au long du spectacle, avec plus ou moins de finesse d’ailleurs. Pour le diffuser les auteurs nous a pondu une histoire tarabiscotée : Melody Swan, la tête d’affiche du spectacle dont TIMÉO souhaite un autographe, a disparu ! Pendant que les uns tentent de la retrouver, les autres répètent leur numéro (après tout le show must go on). Ce mystère s’effiloche d’une scène à l’autre et sonne à mes yeux comme un prétexte monté de toutes pièces pour tenter de trouver du lien entre les numéros : à défaut d’une histoire qui tienne la route on construit un fil conducteur artificiel. Sa résolution est d’ailleurs tout aussi artificielle et digne d’un scénario d’AB Productions ! Et notre Timéo dans tout ça me direz-vous ? Et bien il assiste aux répétitions de la troupe, relégué en simple spectateur sur le bord de la scène… J’y vois une symbolique forte : alors que le spectacle promeut le droit à rêver et à vivre comme tout le monde, finalement, à l’image des handicapés dans la société, Timéo se retrouve sur le bord de la route. C’est à mon sens contre-productif par rapport au message que l’on veut faire passer. J’aurais préféré le voir plus acteur du spectacle qui porte son nom, plus impliqué (d’une manière ou d’une autre et dans la limite de ses capacités) dans les numéros comme dans l’intrigue.

DE TRÈS BELLES PERFORMANCES

A commencer par celle de Mathias RAUMEL dans le rôle de Timéo. Le jeune homme, handicapé moteur, s’en sort plus que honorablement et semble prendre un vrai plaisir à interpréter son rôle. Pour autant il m’a semblé beaucoup plus à l’aise dans la comédie que dans la chanson. Malgré quelques fausses notes vocales Mathias (dont c’est le premier spectacle) réalise une belle prouesse (rappelons qu’il est présent  sur scène du début à la fin) . Côté chansons justement il y a quelques perles : Femme Électro dont le tableau est sans aucun doute l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir ! Un jeu de lumières et de lasers, au millimètre près qui sublime l’interprétation pêchue de Véronick SÉVÈRE. On est pas des anges de Jéremy CHARVET dont la gueule (d’ange) et la prestation m’ont beaucoup plu. Mais aussi les chansons chorales Trop beau pour être faux et On est tous des artistes qui démontrent que le spectacle, malgré ses défauts, peut être à la hauteur des attentes des spectateurs. Enfin saluons une nouvelle fois Alex GOUDE qui  (je crois comprendre) s’est  dépensé sans compter depuis plusieurs années pour monter ce projet et promouvoir le droit à la différence et l’égalité des chances.

Partagé entre émerveillement et déception je reste persuadé que TIMÉO devrait plaire aux plus jeunes… et aux fans de La France A Un Incroyable Talent.  Si on est bien obligé de souligner la faiblesse du “scénario” et de certains textes, on se doit aussi de saluer la bonne volonté de toute la troupe de vouloir faire passer un beau message de tolérance. Nul doute que vos enfants y seront sensibles. D’autant que le spectacle a aussi le mérite de mettre en relief une injustice flagrante : l’absence de représentation du handicap dans le spectacle vivant…

EN SAVOIR PLUS
A l’affiche jusqu’au 08/01/17 au Casino de Paris.
De Jean-Jacques Thibaud, Julien Vallespi.
Avec Nenjamin Maytraud ou Mathias Raume, Simon Heulle, Djamel Mehnane, Véronick Sévère Jérémy Charvet, Florence Peyrard, James Noah, Mikelangelo Loconte et Ofélie Crispin.
Mise en scène Alex Goude.
Durée (avec entracte) : 2h40.

2 Réponses

  1. THIBAUD

    La trame principale de Timéo est : « Malgré sa différence, Timéo sera t-il accepté parmi les circassiens et pourra-t-il devenir un artiste de cirque ? » Cette circomédie n’est pas un polar, aussi, la disparition de Melody Swann demeure ,en effet, une intrigue secondaire. La clé de l’énigme est au sein du cirque, cela n’a rien d’incongru et est totalement raccord avec la personnalité fantasque des différents protagonistes, notamment le magicien.
    Par ailleurs, comme vous le dites, notre ado est bien là pour assister à la répétition, donc à un enchaînement de numéros. Il est omniprésent du début à la fin et il est tout sauf une potiche puisqu’il enchaîne les répliques à la fois drôles et pugnaces, il séduit Lilou, doute, prend confiance en lui, tient tête aux plus costauds. Derrière ce postulat ne se cache aucune velléité de reproduire une version scénique de « La France a un incroyable talent ». L’idée générale était d’amener Timéo à dialoguer avec les différents artistes de la troupe pour parler de sa passion, de son rêve et de son handicap. Les réponses à ses questions arrivent aussi en chansons. Cette comédie musicale n’a rien à voir avec ses « rivales ». Elle évoque avec humour, pertinence et sans mièvrerie aucune les handicaps invisibles, l’égalité des chances, les discriminations. Relisez ces quelques répliques choisies parmi une multitude. Sont-ce là des phrases bêtassonnes pour adultes ou pour des lecteurs de Oui Oui ?
    – Certains ont l’esprit si étroit que mon fauteuil ne passe pas.
    – Si je comprends bien, c’est mon handicap qui les paralyse !
    -Je rêve d’un monde solidaire où les gens changent de regard au lieu de changer de trottoir.
    -L’égalité des chances, ça existera le jour où l’on tirera à la courte paille avec des pailles de la même taille.
    – C’est notre origine qui fait notre originalité
    -Etre différent c’est normal, c’est ce qui nous rend héroïque
    – La vengeance est une fleur qui assèche le coeur. C’est un poison qui empoisonne celui qui le donne.
    – Chacun mesure ce qui lui manque et fait des rêves de saltimbanque.
    OU en chansons :
    – Il a gravé toutes ses promesses dans l’écorce du vent
    -On me dit que dans huit jours, j’y verrai plus clair
    qu’il faut éteindre l’amour pour faire la lumière.
    – Sa matière grise tous les cerveaux
    – Plantée dans son champ magnétique, j’ai l’air d’une fleur pathétique
    – Alors j’ai inventé un jeu pour les gens hostiles, un jeu d’enfant, un jeu dont la règle est facile : le premier qui pardonne a gagné
    – C’est à cause des préjugés, des prédateurs affamés, que de tout temps de belles âmes ont terminé dans les flammes.
    – Mais pour continuer le chemin, faut pas se tromper de béquilles, faut pas tomber dans l’jus d’raisin ni s’mettre à fumer des jonquilles (CHANSON CONTRE LES ADDICTIONS !!!)
    – Mon corps ne fait pas de prouesses, mais mon coeur, lui, tient ses promesses… Encore et encore il me donne inlassablement la souplesse des sentiments.
    – On envoie des fusées des navettes pour savoir s’il y a de l’amour sur les autres planètes, pendant ce temps, on laisse la Terre à la dérive.
    ETC.

    Je concluerai en paraphrasant Monsieur Gainsbourg) : « ça vous a plu, hein, vous en demandez encore ! Et bien (allez) écouter l’histoire de Melody Swann ! »

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  2. Eddie

    Bonjour,

    Je vous remercie de votre intérêt pour le blog et pour vos remarques qui, provenant de l’auteur du spectacle lui-même, permettent d’apporter un éclairage particulier à cette critique et de présenter votre vision du spectacle. A tous points de vue il s’agit là d’une démarche enrichissante.

    J’apporte donc à mon tour quelques précisions suite à vos remarques :

    La référence à Incroyable Talent était une allusion au passé du metteur en scène sous forme de boutade. Bien évidemment loin de moi l’idée d’y voir une volonté de votre part d’adapter l’émission sur scène. Il s’agissait surtout d’une analogie quant à la mécanique du spectacle qui se base sur la succession des numéros…

    J’ai parlé d’un Timéo spectateur et non d’un Timéo potiche comme vous le soulignez. Je rappelle d’ailleurs avoir mis en évidence la prestation du comédien. S’agissant du rôle titre, je m’attendais effectivement à une intégration plus “active” du personnage dans l’intrigue et le spectacle, même si je conçois évidemment les contraintes techniques liées à son handicap.

    Concernant les “phrases bêtassonnes (…) pour lecteurs de Oui Oui” que vous semblez me prêter, je les réfute clairement puisque je ne pense pas avoir été aussi méprisant dans la critique. Je ne me serai pas permis de formuler une critique en ces termes et vous laisse donc libre de vos propos. D’autant que malgré nos différences de points de vue sur le spectacle je pense avoir pris soin de mettre en évidence son beau message de tolérance et la volonté de la production de proposer un show de qualité aux spectateurs.

    Je rappelle enfin que comme toute critique, il s’agit ici d’un regard éminemment subjectif. Vous trouverez ainsi ici et là sur le net autant de critiques et d’opinions diamétralement opposées sur le spectacle que de spectateurs…

    Vous remerciant une nouvelle fois pour l’intérêt que vous avez porté à cette critique et pour votre commentaire.

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