Le Portrait de Dorian Gray
Par la magie d'un voeu, Dorian Gray conserve la grâce et la beauté de sa jeunesse. Seul son portrait vieillira. Le jeune dandy s'adonne alors à toutes les expériences... Le roman qui scandalisa l'Angleterre victorienne ! Oscar Wilde fut mis en prison pour avoir vécut ce qu'il écrivait.
4.5COUP DE COEUR

Me voilà donc de retour dans cette belle salle de la Comédie des Champs Élysées (dont ma précédente incursion avec La Rivière fut une énorme déception) pour une nouvelle adaptation du sulfureux PORTRAIT DE DORIAN GRAY  d’Oscar WILDE, signée Thomas LE DOUAREC. On connaît tous “cette histoire extraordinaire d’un portrait qui vieillit à la place du modèle. Pire, ce sont les péchés de Dorian, son immoralité qui a sacrifié son âme à son image, qui enlaidissent progressivement le tableau. C’est son double, celui qu’il ne veut pas voir. Et, le jour où il en prend conscience, croyant détruire le portrait, il se détruit lui-même. Fin prémonitoire quant au propre destin de Wilde. (1)”… Évoquer l’adaptation en quelques mots n’est pas chose aisée aussi je me contenterais d’une courte succession d’adjectifs : subtile, pertinente, exquise, que dis-je, une petite merveille qui mérite amplement son statut de coup de coeur Face À La Scène !

UNE ADAPTATION EXQUISE

Je ne vais pas faire ici une étude complète du roman mais simplement aborder le (très beau) travail d’adaptation de LE DOUAREC axé sur les trois personnages principaux masculins du roman : Dorian Gray (Arnaud DENIS), Basil Hallward (Fabrice SCOTT) son ami peintre à l’origine du fameux portrait, et surtout Lord Henry Wotton (LE DOUAREC) qui va inciter Gray à ne pas résister à la tentation (“Le seul moyen de se débarrasser d’une tentation est d’y céder.”). Les bons mots du roman, les répliques les plus piquantes et les plus controversées (« Le seul charme du mariage, c’est le mensonge. » sont conservées et débitées avec un cynisme froid par un Lord Henry flamboyant et manipulateur et provoquent le rire gêné (ou complice) des spectateurs. On ne peut que reconnaître la brillance du texte de WILDE et la profondeur de ses personnages, transposées ici avec une réussite et une pertinence indéniable. LE DOUAREC assure également la mise en scène de la pièce, sans temps mort, subtile et astucieuse. J’ai particulièrement apprécié le travail de mise en abîme (la scène où Gray assiste avec honte à la prestation ratée sur scène de sa fiancé) et la proposition de time jump (la scène où les comédiens se “vieillissent” pour symboliser le temps qui passe). A défaut de décors (de ce côté-là c’est plutôt pauvre), de beaux costumes et une jolie scénographie viennent mettre en valeur la mise en scène et les personnages.

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UN TRIO MASCULIN SANS FAUSSE NOTE

Pour leur donner vie LE DOUAREC s’est entouré d’un casting revolving : en plus d’un Fabrice SCOTT aux multiples facettes qui interprète avec justesse un Basil empathique, deux comédiens se partagent en alternance le rôle de Dorian Gray et deux comédiennes celui de sa fiancée Sibyl (et accessoirement des deux autres rôles féminins de la pièce). Ce soir là ce sont respectivement Arnaud DENIS et Lucile MARQUIS qui étaient « d’astreinte ». Ce quatuor se complète parfaitement et offre aux spectateurs une prestation d’une rare élégance, notamment LE DOUAREC qui m’a bluffé par son naturel confondant, son jeu précis et sa diction de dandy à la Edouard BAER. J’ai totalement adhéré à sa proposition pour ce personnage qu’il arrive à rendre sympathique alors qu’il est finalement profondément odieux et machiavélique. Si Arnaud DENIS interprète parfaitement la descente aux enfers d’un Dorian Gray enclin à toutes les dépravations,  Lucile MARQUIS m’a moins touché et n’a pas réussi, à mon sens, à apporter la profondeur nécessaire son personnage (mais on imagine aisément qu’interpréter successivement trois personnages ne doit pas être évident).

Quant au portrait lui-même, objet de tous les fantasmes du spectateur, il n’est jamais montré directement mais suggéré,  posé sur scène dos aux spectateurs. Si ce choix peut être frustrant il a le mérite de laisser travailler l’imagination du spectateur.  Avec le recul je ne vois pas comment il pourrait en être autrement… Vous l’aurez compris j’ai particulièrement apprécié le travail d’adaptation de Thomas LE DOUAREC, pertinent jusqu’à dans la dernière scène de la pièce,  narrée à la virgule près par rapport au roman lui-même et qui conclut formidablement ce bijou théâtral et accessoirement cette critique. Un travail d’une précision chirurgicale qui fera qu’on pardonnera aisément LE DOUAREC d’en faire des caisses (monumentales) au moment des salutations. A sa décharge j’ai ressenti le plaisir évident du bonhomme à transmettre son enthousiasme aux spectateurs et sa fascination sans borne pour le roman.
(1) Extrait de l’analyse de Joseph Vebret pour Salon-Littéraire.com.

EN SAVOIR PLUS

A l’affichLe Portrait de Dorian Graye jusqu’au 25/06/16 au Comédie des Champs Elysées.
De Oscar Wilde.
Avec Thomas Le Douarec, Arnaud Denis ou Valentin de Carbonnières, Fabrice Scott, Lucile Marquis ou Caroline Devismes.
Mise en scène : Thomas Le Douarec.
Durée : 1h35.

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